mercredi 12 septembre 2018

Exposition Mucha au Musée du Luxembourg - Réflexions rapides


Exposition Mucha au Musée du Luxembourg (Paris)

Mucha vient de la Moravie de l'époque austro-hongroise. Il a été formé à Munich, a vécu en France (1880-1910), avant de retourner à Prague où il meurt en 1939. On peut donc supposer qu'il parlait tchèque (peut-être aussi bosniaque, vu son intérêt pour la Bosnie), allemand et français (et peut-être un peu d'anglais et de russe du fait de ses voyages - mais c'est moins sûr). Plus encore peut-être que Kafka, qui était resté toute sa vie à Prague, il a du prendre conscience que la ville germanophone était devenue une ville tchèque.
Quand on regarde son parcours où se mélange un attachement à la France, du nationalisme (patriotisme ?), l'idéal franc-maçon, la théosophie et ce que je vais appeler du "panslavisme artistique"... on se dit que la fin du XIXe siècle était réellement foisonnante.

Hier, lors de la visite de l'exposition du Musée du Luxembourg, Mucha est descendu du petit piédestal où je l'avais mis adolescente. J'ai beaucoup pensé à celle sur Franz Kupka que j'avais vue récemment au Grand Palais... Esthétiquement rien à voir...

Les Saisons (variation en format paravent), 1896 @Fondation Mucha

Si Mucha a révolutionné la publicité de l'époque et introduit et imposé (avec d'autres) le style art nouveau, esthétiquement, et bien comment dire... Regardez juste les "pastels kitschs" préparant les oeuvres liées aux Saisons... Dans les objets que propose la boutique du Musée du Luxembourg, il y a un petit porte-clés avec une boule à neige enfermant l'une des jeunes femmes art nouveau de Mucha... C'est sans doute allez trop loin, et les boîtes de savon Mucha où pour les gâteaux Lu sont de très beaux objets décoratifs, mais...
En même temps, deux salles plus loin, on se met à penser que certaines études (les grandes compositions en particulier) font presque penser aux bandes dessinées de Shuiten et Peeters !
Finalement, même si je pense malgré tout que ce n'était pas un très grand artiste, j'ai trouvé passionnant tout ce que cela disait l'exposition sur la fin du XIXe siècle ...
Affiche du pavillon bosniaque. Exposition 1900 @Fondation Mucha

On découvre son "patriotisme" notamment à travers le pavillon bosniaque de l'exposition universelle de 1900 avec en parallèle l'affiche sur le pavillon autrichien qui lui a valu d'être décoré par l'empire...  

Il y a également les affiches pour les Sokols dans les années vingt....

Affiche du pavillon autrichien de l'exposition 1900 @Fondation Mucha 
On donne également à voir une construction d'une histoire des Slaves entremêlant tous les fils dans une vision harmonieuse et consensuelle : ses grandes toiles pour la ville de Prague qui sont montrées à travers un diaporama.
Mère et enfant, Prague, Photographie préparatoire  sur la famine en Russie
                                                        "La Russie affamée" 1922, @Fondation Mucha
"La Russie doit récupérer", 1922 @Fondation Mucha
C'est en fait aussi l'un des mérites de l'exposition que de montrer qu'il était aussi photographe. Là encore, peut-être pas un grand photographe, mais un photographe qui en parcourant l'Europe de l'Est pour documenter ses oeuvres sur "les Slaves", nous en fournit un témoignage précieux. Il a aussi photographié aussi New-York...

Affiche pour le 8e Festival des Sokols en 1926

Ou encore, l'incroyable tableau "Baiser de la France à la Bohême" peint en 1918 au moment de la création de la Tchécoslovaquie. Le peintre voulait souligner le rôle de la France dans cette création (bonnet phrygien) tout en montrant symboliquement la souffrance de la Bohême pendant la période impériale (figure christique ). Le tout mélangé avec les insignes franc-maçon et avec un travail préparatoire utilisant la mise au carreau de photographies...

Le Baiser de la France à la Bohême, 1918 @Fondation Mucha

L'abolition du servage en Russie, 1914 @Fondation Mucha

Et, tout aussi intéressant, le rôle de la photographie dans son processus créatif. Avec des exemples qui montrent la reprise de photographies sur des dessins préparés avec des quadrillages (mise au carreau du travail préparatoire). La photographie qui va avec l'affiche appelant à aider la Russie affamée en est un bon exemple.

Quant à la photo de Gauguin en caleçon, jouant du piano rue de la Grande Chaumière, un régal ! 
Gauguin par Mucha, rue de la Grande-Chaumiière, @Fondation Mucha

J'ai donc trouvé assez fascinant ce mélange de nationalisme, de franc-maçonnerie, et de théosophie...même si je savais que cela s'inscrit dans un milieu social et une époque particuliers.