jeudi 27 février 2025

NewParis. From Manet to Morizot. Kuntsmuseum Den Haag (La Haye)

Claude Monet, Les Tuileries, 1876, Musée Marmottan-Monet. Photographie ©RM

Exposition sur le Nouveau Paris et les artistes à La Haye (Den Haag) au Kuntsmuseum.

New Paris. From Manet to Morizot.
15 février - 9 juin 2025

Centrée sur la capitale française sous le Second Empire et le début de la IIIe République, l'exposition évoque à travers la peinture, la photographie naissante et la sculpture (moins présente), les bouleversements de la ville liée aux travaux haussmanniens et aux événements historiques.
Sur quinze salles de différentes tailles, des thématiques sociales et urbaines (la Parisienne, vivre, travailler, consommer, les gares, les immeubles, les lieux de loisirs comme le cirque, les parcs, les rues et avenues, les expositions universelles...) sont montrées.

Charles Marville, Urinoir à 1 stalle, fontaine et maçonnerie, Faubourg Saint-Martin, vers 1865, Musée Carnavalet. Photographie ©RM
Elles n'écartent aucun sujet : saviez-vous que les colonnes Moriss, qui apparaissent en 1868, ont pris la forme des pissotoirs, qui étaient devenus des supports des affiches publicitaires (cela élargit le public puisque seuls les hommes pouvaient les utiliser et donc lire les annonces à l'intérieur) ? 
Lesquelles affiches sont donc de plus en plus vues sur des lieux réglementés, mais cela je le savais déjà, en remplaçant en partie un espace mural recouvert de slogans publicitaires. Il s'agit de mettre la ville en ordre et on n'a évidemment pas le droit d'affichage sur les nouveaux immeubles haussmanniens.
Si les débuts de la IIIe République sont peu évoqués, tout comme le pouvoir parisien, c'est donc avant tout parce que l'exposition se focalise sur les sujets culturels et surtout sociaux.
Mary Cassat, Susan assise au jardin, 1882-83, FAAM, Mougins. Photo ©RM
À ce titre, on n'oublie pas les artistes femmes, en montrant notamment (à la suite de Marmottan-Monet ou du musée du Luxembourg), que Berthe Morizot et Mary Cassatt ne pouvaient pas peindre n'importe quels sujets sans enfreindre les règles tacites de ce monde bourgeois auquel elles appartenaient.
Berthe Morizot, Une femme et son enfants dans une prairie, Aquarelle, 1871. Montrée à la première exposition impressionniste en 1874. Collection particulière. Photographie ©RM


La modernité hausmannienne, on le sait, est avant tout une ville pour la bourgeoisie et l'aristocratie. Les ouvriers sont chassés du centre de Paris par les destructions avant le siège de Paris. Ce sont eux qui détruisent les quartiers populaires et construisent les nouveaux quartiers (photos de Charles Marville), même si on n'évoque pas l'élargissement de 1860.
Johan Jongkind, Démolition de la rue des Francs Bourgeois, Huile sur toile, 1868. Musée de Glasgow. Photo ©RM
L'exposition montre aussi que l'élite est heurtée par le voisinage dans les parcs et les bois créés par Charles Alphand (le Bois de Boulogne avec ses nouvelles espèces rares importées d'ailleurs), avec un peuple qui n'a pas les codes de la promenade...
Dracaena Stricta, in Charles Alphand, Les promenades de paris, 1873. Photo ©RM
Il manque les grands magasins où le même processus est en oeuvre, mais on peut se consoler en allant visiter à Paris l'exposition de la Cité de l'architecture.
Le tout est moqué par Daumier (la hausse des loyers, la spéculation immobilière), qui témoigne aussi de la montée des tensions en Europe lors de l'exposition de 1867, même si on invite l'empereur allemand pour lui en mettre plein la vue... Car, comme le dit le site du musée, la ville est peu à peu devenue une vitrine, un mythe.
Honoré Daumier, Locataires et propriétaires, Lithographie, Musée Carnavalet. Photo ©RM
Il reste des lieux de l'entre-soi bien sûr, eux-aussi peints par les artistes les plus fortunés. Le peuple est présent non seulement dans les photographies de Charles Marville (1813-1879), illustrateur, qui est commandité en 1858 comme "Photographe de la ville de Paris" pour photographier les nouveaux aménagements de la ville comme le Bois de Boulogne, et qui, en 1865, obtient une nouvelle commande pour photographier les nouveaux monuments, le mobilier urbain, mais également, les anciennes rues de Paris (un Service des travaux historiques vient d'être créé).
Dans les salles suivantes, quelques oeuvres montrent les ouvriers au travail sur les berges de la Seine chez un Armand Guillaumin, issu d'un milieu populaire, qui inspire ensuite le jeune Cézanne qui le copie.
Paul Cézanne, La Seine au Quai d'Austerlitz (d'après Guillaumin), Huile sur toile, 1876-78, Hamburger Kunsthalle, Hambourg. Photographie ©RM 
L'exposition montre également la construction du nouvel Opéra Garnier, nouveau temple de la danse, en insistant sur les danseuses représentées par les artistes, mais en les montrant dans leur individualité (par la photographie et les cartels développés qui permettent de les nommer), et en évoquant leurs conditions de vie à la limite de la prostitution pour une large partie d'entre elles.
André Disdéri, Danseuses de l'Opéra Garnier (Marie Monchanin et Marie Sanlaville), 1865-70, Cartes de visite, Kunstmuseum Den Haag. Photographie ©RM. 
Edgar Degas, Etude de nu pour la petite danseuse, bronze, Kuntsmuseum, La Haye. Photo ©RM
Il s'agit de Marie Van Goethem, une danseuse belge de 14 ans, qui comme sa soeur, était petit rat de l'opéra et tentait de sortir de la misère par la danse. Mais la criminalité et la pauvreté de sa famille l'interrompt très tôt leur carrière.
On suit les artistes réagissant aux événements de la guerre franco-prussienne comme à ceux de la Commune :  - Degas, Renoir du côté du conservatisme,
- un Manet, modéré plutôt favorable à la République, mais tout aussi effrayé par la Commune que par sa répression sanglante,
- un Monet qui rate tout parce qu'il était en voyage de noce au printemps 1871, et qui, ensuite, quand il peint les jardins des tuileries ne montre que les parties du Louvre épargnées par les événements (on voit aussi ses oeuvres exécutées depuis le balcon du Louvre),
Paris après mai 1871, vue du pavillon de Flore, Carte postale. Photo ©RM
- une Berthe Morizot qui se réfugie en Normandie tout en étant plutôt favorable au mouvement,
- un Pissarro qu'on sait anarchiste et engagé
- et un Nadar qui utilise la technique de photographies aériennes mise en place dans les années 1850, pour prendre des photos en ballons des forts ennemis...
Première photographie aérienne de Nadar, 1858, Photographie ©RM
Une exposition aérée, avec des grandes photographies agrandies et collées sur une partie des murs qui nous font vivre dans ce Paris en transformation, des cartels développés nombreux, et des textes de salles (en néerlandais et en anglais) qui ont une particularité intéressante. Après le développement détaillé, ils reprennent les 3-4 points principaux en les résumant.
Une exposition passionnante donc, avec des œuvres qu'on connaît (Orsay, Carnavalet, Marmottan-Monet) et d'autres venues du Kuntsmuseum, des États-Unis (MET à New-York, National Gallery of Art à Washington) d'Allemagne (Berlin, Oberlin, Potsdam), qu'on a moins vues, et qui nous ont permis de découvrir de magnifiques Caillebotte venant du Musée Barberini qui n'étaient pas à Orsay.
Gustave Caillebotte. Rue Halévy. Vue du 6e étage, Huile sur toile, 1878 Musée Barberini, Postdam. Photo ©RM
Gustave Caillebotte. Rue Halévy. Vue du balcon, Huile sur toile, 1877, Musée Barberini, Postdam. Photo ©RM
Une dernière chose, en voyant les photographies des immeubles haussmanniens touchés par les bombes "allemandes"* que les fortifications n'arrêtent pas (elles sont démilitarisées dans la foulée), je pense bien sûr aux beaux immeubles XIXe d'Odessa touchés par les missiles russes.
Décor de l'exposition New Paris au Kuntsmuseum. Photo ©RM
*"Dès le 5 janvier, une pluie d’obus s’abat sur Paris encerclé et affamé pour ne cesser que le 26 janvier : sept mille obus sont tirés par les Allemands, mille six cents bâtiments publics et mille quatre cents maisons sont touchés." (site des amis de la Commune).
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